II Dernier exemple en date : 05/08

C’est ce qui arriva, un matin où Madra se tenait à sa fenêtre, hypnotisée. La main droite ficelée à sa tasse de café, emmitouflée dans son pashmînâ. Elle avait pour habitude de le jeter sur son lit en se couchant et de le froisser autour d’elle au réveil.

En face, près de la fontaine en pierres taillées, entre deux descentes d’escalier usées par les saisons, un môme livré à lui-même martyrisait le tronc torsadé d’un vieil arbre de Judée, en lui infligeant des coups d’épée. Brusquement, il se figeait et se retournait d’un bond pour combattre une armée de corsaires invisibles.

En l’observant, Madra fut foudroyée par l’idée que chaque vie dans l’univers débute d’une certaine façon au même instant. Mort et naissance ne formant qu’un, inévitablement.

Frappée par la théorie qu’à chaque naissance un sas interdimensionnel universel s’entrouvre durant une fraction de seconde,  Madra fut éblouie par le flash du concept exorbitant qui s’évapora d’emblée dans la clarté de l’instant.

En état de choc, elle fut submergée par une émotion familière, similaire à celle qu’elle avait ressentie dans le bus 7N cinq ans plus tôt. Celle dont elle avait amorcé la description sur une petite feuille jaune quadrillée.

Il fallait qu’elle retrouve le précieux papier, s’engouffre dans les termes, peaufine le texte et le classe enfin. Sentant la compréhension arriver et l’image se clarifier, Madra se précipita dans la pièce la plus minimaliste de son appartement où, sous son lit, était cachée sa malle au trésor remplie de paperasses et documents vitaux.

En opposition à sa fonction intime et personnelle, Madra l’avait décorée dans des tons neutres, elle se prêtait ainsi à tous types de scénarios et atmosphères.

Elle aimait pouvoir entrer dans cet espace nu, où tout restait à écrire. Une multitude de spots permettaient de moduler la lumière. C’était sa liaison discrète avec un chef opérateur qui l’avait rendue si attentive à l’éclairage.

Pour l’installation, Madra avait sollicité Gabin. Talentueusement, ce magnat des contrastes et d’électricité avait orchestré l’installation des fuseaux lumineux, censés adoucir les ombres, créer des profondeurs, accentuer les reliefs.

Au sol de l’appartement haussmannien, sur le vieux parquet ciré, s’étalait une seule descente de lit, rapportée d’un voyage en Crète.

Les stores électriques pouvaient précipiter la chambre dans la noirceur des abysses, des moulures stuquées aux plinthes en bois.

Madra n’avait pas installé de rideaux, se donnant ainsi l’illusion d’une décoration à finir et d’un futur à explorer.

Ce détail anodin lui tenait à cœur. À cet effet, elle avait fait graver, sur une plaque en bois de cocobolo récupéré chez un ami luthier, «travaux en cours», lors d’une fugue à Crémone avec un saxophoniste libanais et l’avait posée sur la porte enfonçant ainsi le clou.

La bordelaise se reconnaissait dans les enfantillages et gardait des traits de son enfance : l’impatience, la timidité, la manie de collectionner des miniatures, sa tête de mule, le besoin d’inventer des mots comme «fliçoir» et l’habitude de recevoir ses amis dans sa chambre pour des confidences.

La porte de celle-ci était en principe fermée. En l’ouvrant, la nudité des fenêtres métallisées, le galbe des corniches antiques et le vis-à-vis avec le petit salon-bibliothèque aux teintes voyeuristes de l’appartement d’en face la stimulaient.

Elle s’était accordé une fantaisie, le néon bleu fixé sous son sommier. Réglé sur un minuteur, il s’allumait à vingt et une heures cinquante-trois, accessoirisant le sol d’un fin rectangle laser, d’un contemporain acquis. L’accent Miami Beach s’estompait progressivement avec les premières lueurs de l’aube, jusqu’à disparaître complètement.

Madra vénérait la nuit.

Elle descendait les stores à mi-chemin en les arrêtant avant que les lamelles ne s’encastrent.

L’été, cela permettait à la lumière de s’infiltrer, lacérant les murs, objets et corps de sangles lumineuses.

Madra était particulièrement sensible au son.

Durant la saison des averses, l’astuce affectait l’ambiance sonore, le tambourinement de la pluie contre la vitre, cristallisé par le son limpide de l’eau qui coulait entre métal et verre, sonorisait l’espace trop souvent silencieux.

Pour Madra, il était essentiel d’apprécier le son quand elle le pouvait. Son ouïe était devenue presque une tare, depuis qu’elle avait arrêté subitement la musique.

Elle ne jouait plus, suite à une remarque tranchante taillée en son schéma sensoriel par un professeur criminel au titre mensonger dépourvu de pédagogie. Il lui avait lancé du haut de sa petite personne l’égo faussement et extraordinairement rehaussé par un diplôme quelconque : «Vouloir acquérir une rapidité gestuelle de l’archet, qui vous permettrait de créer des notes rapprochées, au point de s’entrelacer, formant un son continu et de surcroît exact, prouve que vous sombrez dans la folie.»

La surcharge émotive de cette lacération verbale avait déclenché chez elle une hyperacousie.

Un drame profond pour cette passionnée à l’oreille absolue. La nuit, curieusement, son seuil de tolérance augmentait.

L’harmonie des contrastes s’enfilait sur les bruits, les habillant de la rondeur des notes. L’atténuation des stimulations visuelles soulageait, sous l’effet de vases communicants, son audition et lui octroyait un supplément de tolérance face aux décibels.

Pour ce, Madra affectionnait la moitié obscure du jour.

Analytique en archéologue et historienne, elle s’appliquait à consigner les détails sensoriels des épisodes de sa vie. Obnubilée par le concept de temps objectif qui demeurait à ses yeux flous et soucieuse de pouvoir à tout instant se ressaisir, la Miss avait planqué dans sa table de chevet une horloge. Il lui suffisait d’ouvrir le tiroir pour connaître la date et l’heure sociale.

Ce vendredi matin, elle réalisa qu’elle avait sorti la tête de l’eau et fait face à l’épée de Damoclès. Son intransigeance et toute-puissance avaient amputé sa chair et mutilé ses raisonnements, la transformant à jamais.

Elle avait intégré la notion de fin et assimilé les émotions associées. À présent, elle n’était plus submergée et pouvait se représenter de façon condensée cette atrocité sans plonger au fond d’elle-même en apnée.

Ce qui lui permettait de considérer d’autres choses en parallèle.

Elle avait digéré la mort de sa grand-mère et pouvait finalement à nouveau se projeter.

«Boucle, bouclée», son deuil était fait.

Le propos de la feuille jaune effleurait les émotions précédant l’acceptation.

Il existait maintenant dans sa vie un avant et un après et grâce à ce rebondissement émotif une page était tournée.

Peu de temps avant, Madra s’était fait la promesse de classer ses notes. Elle débuterait par la fin et remonterait en ordre chronologique à ses débuts.

Soulevée par cette idée, elle ouvrit la porte de sa chambre, posa son café près de son lit tout en continuant à penser au môme du square.

Quels étaient ses ennemis, que lui voulaient-ils ? Elle s’allongea naturellement de travers sur son lit, puis s’engouffra dessous, se rapprochant tragiquement au fil des heures du sort que les ciseaux de l’inévitable d’Atropos lui avaient prédestiné.

Le haut de son corps disparut dans les catacombes de Morphée. Le raffut de plastique et d’osier dura quelques secondes à peine. La chorégraphie était parfaitement rodée. Le corps de Madra se déroula et réémergea de dessous le sommier et ses gros yeux noisette réapparurent.

Ses bras extirpèrent le butin en le traînant à découvert. Le miraculeux fruit de sa pêche était une corbeille ronde remplie à ras bord de papiers.

La presque sommelière se redressa et s’assit en tailleur sur son lit. Elle se pencha à nouveau pour attraper l’anse du panier et le hissa à ses côtés. Finalement, une ultime fois, elle se pencha pour ramasser une carte d’embarquement d’Air India griffonnée qui était tombée.

Une fois installée, elle détacha ses cheveux, secoua sa tête, frictionna son scalp et écrabouilla quelques mèches brunes qu’elle fixa en un microchignon sur son crâne.

La traque du document jaune put enfin commencer. Très vite, elle fut assiégée, encerclée, par des piles de papiers qu’elle regroupait machinalement par sujet. Elle saisit le croquis d’un déjeuner sous les platanes fait au fusain par Gabin. Il s’était égaré parmi les notes. Aussitôt, Madra se rappela que Paloma attendait une réponse à son invitation. Elle plaça l’esquisse en vue sur sa table de chevet, et ouvrit sans réfléchir le petit tiroir blanc pour jeter un œil sur l’horloge.

Vendredi 5 août, 10h20

La chambre de Madra

Pensant qu’elle devait envoyer le titre du livre à Tad par texto, et en se répétant à haute voix dix heures vingt.

Depuis son enfance, passée à courir entre les vignes à la recherche d’insectes, sa tête était constamment accaparée par une multitude de pensées.

Il fallait qu’elle fasse quelque chose à ce sujet.

Était-il temps qu’elle s’accepte ou fallait-il suivre les conseils d’Andrea et Paloma et s’inscrire au cours de méditation du fameux Taishou-ben ? Andrea l’avait connu en préparant un documentaire sur les châteaux d’Écosse et leurs fantômes, une longue histoire qui mériterait à elle seule un tome III.

Paloma ne jurait plus que par le maître. Néanmoins, ses descriptions sur son anatomie et la fréquence de leurs cours particuliers autorisaient Madra à douter de son objectivité.

L’animation d’une partie de solitaire réussie sur ordinateur traversa son esprit avec les piles de cartes défilant en cascade à l’infini. L’image suffit à conforter Madra dans l’idée qu’elle fonctionnait simplement ainsi.

Elle pensait au môme, il avait un petit air de Gabin, avec ses boucles désordonnées. En pensant à son cousin, elle eut un pincement au cœur, la vie ne l’avait pas épargné. Il était le plus sensible de la bande. Elle se souvint de ses pleurs le jour du criquet flottant dans l’abreuvoir. Comme la vie l’avait usé ! L’accident de voiture qui avait coûté la vie à son père l’avait laissé à moitié orphelin et entièrement en lambeaux.

Elle pensait à cette feuille jaune usée, arrachée à son agenda qu’elle devait absolument retrouver.

Elle n’avait jamais eu le temps de la recopier proprement ou de la relire depuis le jour où elle l’avait écrite. Elle se souvenait vaguement l’avoir entraperçue en fouillant, incapable de se souvenir quand c’était.

Elle prit conscience qu’elle ne la retrouverait peut-être pas.

Stressée et affectée par la canicule, son thorax se comprima, affligeant ses poumons qui peinaient à extraire l’oxygène. Madra commençait à manquer d’air. Elle sentait son sang s’épaissir. Ses mains et ses doigts insensibles à la température ambiante, fidèles à leur habitude étaient gelés et se mirent à trembler nerveusement. Ses épaules se raidirent et une crampe immobilisa ses omoplates, compromettant ses mouvements. Elle avait du mal à attraper les feuilles. Sentant qu’elle perdait peu à peu la maîtrise de son corps, ses yeux eurent instantanément le bon réflexe et se dirigèrent vers l’horloge.

Vendredi 5 août, 10h30

«Dix heures trente», lut-elle à haute voix. Elle s’efforça de respirer profondément, retenant les larmes qu’elle sentait gonfler au creux de ses cernes. Il ne fallait pas pleurer, ce serait d’autant plus dur. Ses yeux commenceraient à brûler et lui rendraient la tâche plus ardue. Pire, elle risquerait de tout déchirer dans un élan de colère et après ? Il ne lui resterait plus rien!

Face à ce constat, elle se sentit démunie et eut un moment d’inadvertance. Il suffit. Une goutte réussit à s’extirper du petit bassin qui s’était formé au tour de son globe oculaire gauche. La larme se détacha victorieuse du reste de la masse et se propulsa hors de son œil. Elle atterrit, toute ronde, à la lisière de ses cils. Là, elle se figea en équilibre, engluée au rebord de son œil.

La bulle de désespoir hésita brièvement avant de se lancer à l’assaut de sa joue, tel un skieur face à un kilomètre lancé.

Madra le savait, si le départ était donné, la bille dévalerait les courbes de son visage et déclencherait une avalanche. À juste titre, son corps, complice de son âme, comprit la gravité de la situation et l’aida, afin d’éviter une déferlante qui bombarderait les feuilles d’éclats de colères et ferait onduler le papier et baver les écritures. Sa peau se fit buvard, freinant la trajectoire de la larme. Un nœud brûlant s’était formé au fond de sa gorge, laissait faussement présager un début d’angine. C’était le signal d’une crise profonde. Machinalement, elle jeta à nouveau un rapide coup d’œil à son tiroir resté ouvert.

Vendredi 5 août, 10h35

Elle n’avait pas cours. Elle complétait actuellement la formation hôtelière qu’elle avait suivie pendant trois ans par une spécialisation en œnologie.

Alternant théorie et pratique au sein d’un institut sélect, elle apprenait à confronter les saveurs, l’histoire du vin et des terres et faisait des recherches pour écrire son mémoire. Les stages se déroulaient sur un vignoble, dans un restaurant étoilé ou chez un caviste de renom. Grâce à la réputation de ses organisateurs, les portes des établissements les plus confidentiels s’ouvraient comme par enchantement. La fondation dispensait ses cours abrités par les voûtes centenaires des anciennes caves du sommelier de Louis XV. Le caractère inhabituel de cette formation lui conférait une grande flexibilité. Élèves et enseignants posaient leurs congés en début d’année et une redoutable mini armada s’activait ensuite au secrétariat et pondait une série de feuilles de route détaillées qui rythmeraient l’année.

Cette année, la jeune étudiante avait choisi de prendre ses vacances en hiver. Elle  se languissait, s’imaginant collé à la vitre, amadouée par la chaleur, captivée par la chute incessante des minuscules sculptures glacées s’échouant sur l’infinie immaculée qui se dressait à perte de vue entre les chalets à la lisière de la forêt. Temporellement lobotomisée, elle jouirait du silence susurré par le souffle enneigé du vent au travers des sapins de la vallée comme un hommage aux anciens.

Elle avait réservé son séjour, leurrée par l’impression que la décision lui appartenait.

Madra aimait partir et, grâce à un peu de soutien scolaire et quelques heures par semaine passées dans la galerie d’art de Bancroft, elle se débrouillait toujours pour glisser quelque chose dans la fente de sa cagnotte liberté. Celle qui finançait ses voyages. Une tirelire ultra-kitsch rapportée d’un voyage de classe à Pise qui se tenait, aussi droite que possible, près de l’ordinateur, sur son acolyte, le dossier voyage.

Les deux cohabitaient sur le secrétaire au salon. Le dossier voyage était vieux, en carton gris, à élastique et rabats. De ceux que l’on trouve dans ces papeteries de quartier désuètes qui se battent pour rester ouvertes. Confrontées aux lois du marché et, à la réalité de nos actes d’achats : pingres et égoïstes, mal à peine dissimulés derrière nos discours écolos et citoyens.

Madra l’avait décoré d’une carte postale, comme toutes celles qu’elle recevait, c’est Andrea qui la lui avait envoyée. Une charmante habitude qui s’était un peu perdue au profit d’Internet.

Dans cette pochette se trouvaient : la liste des bed and breakfast d’Oslo, les dépliants des hôtels de luxe des Caraïbes, des cartes de visite des restaurants végétariens recommandés par Paloma, en passant par les lodges du Botswana.

Les élastiques du dossier gris étaient en tension depuis longtemps et avaient perdu leur qualité. Ils ressemblaient à des queues de souris effilochées grignotées par les remords.

Comme pour un doudou, le temps et l’usure avaient doté la pochette d’une patine précieuse. Madra plongeait volontiers dans ses méandres pour s’évader …

N’est-ce pas délicieux de décrocher ?

Revenons à ce cinq août.

Vendredi 5 août, 10h35

Madra n’avait qu’une contrainte, scanner quelques documents pour la mission confiée par Mamitou, quelques mois avant son décès.

Fillette Eugenia Debussy, pas encore Mamitou, vivait dans le manoir du vignoble familial. Là, l’arrière-grand-père de Madra lui répétait sans cesse que pour apprécier le vin, il fallait le comprendre, connaître son histoire et celle de sa terre.

Amie des bêtes, femme à enfants, passionnée de généalogie, son tour venu de prendre soin du domaine, Eugenia choisit de confier cette tâche à son mari, préférant enseigner la géographie dans l’école élémentaire de la rue Fructidor à Chalon-sur-Saône.

Tous les matins pendant des années, elle quittait le garage de leur dépendance avec sa Citroën 2CV couleur d’origine. Une des dix premières fabriquées artisanalement et livrées en 1949 à de rares chanceux capables de justifier de son utilité.

Elle y empilait ses enfants et faisait quarante minutes de route, avant d’atteindre la cour de l’école au sol jonché de marelles bleu ciel.

Là, les petits visages des élèves, agrippés au grillage comme des ouistitis, l’attendaient, affamés du savoir et de l’attention qu’Eugenia savait si bien dispenser.

Madra avait grandi bercée par les récits de sa grand-mère. Mamitou avait, au long de sa vie,  amassé des informations sur ses aïeux et la Bourgogne, des documents privés, des archives de cadastre et d’état civil, des lettres et quelques rares photos. Elle avait écrit ses mémoires, motivée par la notion d’en laisser des copies à ses enfants et petits enfants : Madra et Romain, les enfants de sa fille aînée Ludmila, Gabin le fils d’Antoine son cadet et sa benjamine Éléonore.

Le tout était précieusement entreposé dans une boîte à chapeau en dentelles de Manosque.

Mamitou s’était arrangée avec le beau fils de l’une de ses amies, héritier et directeur de la maison Pinguet pour qu’il mette le tout en page et en imprime une dizaine de copies.

Auguste Pinguet était l’unique héritier d’une vieille famille d’imprimeurs du Languedoc. L’imprimerie avait été ouverte en 1880 par Timéo Pinguet et se transmettait de père en fils depuis quatre générations. Auguste était friand de littérature. À la grande fierté de ses parents et beaux-parents, il avait développé l’activité familiale et monté une maison d’édition au sein de l’imprimerie. Depuis une dizaine d’années, il dirigeait les deux d’une main de Pygmalion averti.

Il parcourait inlassablement les salons du livre, à la recherche de pépites inconnues. Spécialisé dans la publication de premiers romans, il récupérait des textes bruts, les rendait objets et leur donnait en quelque sorte la vie en distribuant toujours les huit premiers exemplaires à des enseignants du français en poste à l’étranger.

Afin de soutenir les projets périlleux, auxquels il tenait particulièrement, il avait fondé avec sa femme Edwidge une association caritative dans le but de collecter des fonds. Il estimait que c’était son devoir d’intégrer ces histoires au patrimoine culturel afin de témoigner de la diversité de cette société à l’apparence conforme.

Le mécène n’était pas disposé à y laisser ses plumes. Edwidge ainsi que Nikita, fille unique du couple, qui terminait ses études de journalisme à N.Y.U. étaient ravies de s’adonner à du mondain-utile, en ouvrant leur carnet d’adresses et trouvant artistes et lieux pour les soirées caritatives.

«Scannez-moi le maximum de documents, Madame Debussy, je m’occuperai du reste» lui avait dit Auguste. Mamitou était très jeune d’esprit. Elle avait écrit ses mémoires sur le Mac offert par ses petits-enfants pour son anniversaire et avait enregistré le tout sur la clef USB en forme de 2CV offerte par Gabin. Elle avait scanné beaucoup de documents. Ses yeux commençaient cependant à fatiguer et il en restait encore énormément à faire. Madras avait entrepris d’aider sa grand-mère sur ce projet, quelques mois avant qu’elle ne décède.

Elle s’en voulait énormément de ne pas avoir terminé le tout avant sa mort et se le reprochait. Elle aurait dû y consacrer plus de temps, solliciter l’aide de son frère et de son cousin. Mais elle n’avait pas compris l’urgence à ce moment-là. Tristement, c’est souvent le cas et, probablement, est-ce mieux ainsi.

Suite à la mort de Mamitou, Madra avait récupéré la fameuse boîte et l’avait terrée en haut de son placard, le temps qu’une hibernation imposée estompe la vivacité de la douleur. Un comportement que Madra jugeait lâche, mais que sa souffrance lui ordonnait.

Fin mai, ayant retrouvé du courage, elle s’était fixé une date pour mener à bout ce travail : Noël. Elle avait appelé Auguste, qui lui avait confirmé que s’il recevait le tout avant le quinze novembre, il lui garantissait une livraison pour les fêtes.

Muni d’un délai, tout était plus simple. Elle avait élaboré un plan: trente minutes par jour et c’était gagné.

Elle en voyait presque la fin. Tous les jours, elle s’asseyait devant son scanner, réglait l’alarme de son téléphone et, à la sonnerie, reglissait les documents à l’abri.

C’était sa seule contrainte, sinon elle pouvait disposer de sa journée comme bon lui semblait. Une autre aurait pu se désintéresser de l’heure qu’il était, mais pas Madra, vu son toc.

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